I GUÉRINI
LES DÉBUTS
De jeunes Corses
Les frères Guérini sont originaires de Calenzana, en Corse. Leur père Félix, bûcheron, a du mal à faire vivre sa famille : six garçons (Antoine, Barthélémy, François, Pascal, Pierre et Lucien) et deux filles (Toussainte et Restitude). Les deux frères qui gagneront les hautes places du milieu sont Antoine, né en 1902, et Barthélémy dit Mémé, né en 1908.
Le premier à partir est Mémé, en 1922. Il s'embarque pour Bordeaux où il enchaîne les petits boulots et apprend le français. Assez vite, il rencontre Titi Colonna, ami de son père et figure du milieu bordelais. Celui-là lui présente des confrères ainsi que Léonie, une tireuse de cartes.
En 1923, c'est Antoine qui débarque sur le continent pour y effectuer son service militaire et part s'installer à Nice en 1924. Là Jacques Costa le prend en main et lui trouve une place comme serveur dans un bar du milieu et s'y fait des connaissances. Assez vite, âgé de 16 ans, Mémé le rejoint et sa femme Léonie commence à tapiner. Antoine, sur les conseils de Colonna, se met lui aussi à maquer une fille, qu'il fait travailler à Marseille, tout comme son frère. En parallèle, Antoine travail comme gros bras dans le quartier du Panier pour le compte du partie socialiste.
La Machine est lancée
Antoine s'adjoint une seconde fille et en possède une bonne dizaine en 1928. Cette année-là, il achète le bar des Colonnies et s'associe avec son frère Mémé. L'association durera 40 ans mais les deux frères ne se comprendront jamais.
Antoine se démarque des gangsters marseillais par son mutisme et sa froideur. Il est connu pour être droit et pour avoir une bonne mentalité. Si Mémé est moins remarqué que son aîné, il reste néanmoins encore plus déterminé que lui, voulant s'éloigner le plus possible de la misère dans laquelle il a vécu son enfance.
Prometteurs, les Guérini ne peuvent asseoire leur pouvoir sans l'assentiment des parrains de Marseille,
Paul Carbone et François Spirito. Ils les autorisent à aligner les filles en échange de quelques coups de main. Comme en juin 1929, quand ils doivent racketter un niçois pour le compte des parrains. C'est un ami du racketté, Carlo, qui leur a indiqué le coup. Pour plus de sûreté, les Guérini le descenderont. La même année, Antoine hérite d'une maison de rendez-vous. Son ancienne propriétaire en a fait Antoine héritié en échange de l'assassinat d'un ancien amant encombrant. On commence à parler de plus en plus des deux frères...
À partir de 1930, les Guérini se mettent à fournir des hommes au parti socialiste, pour assurer la bonne marche de la campagne (et gêner celle des autres, à l'occasion). De l'autre côté, la droite se fournit chez Carbone et Spirito. En général, il n'y a pas trop de problèmes, les deux équipes s'étant mis d'accord pour limiter les dégâts.
Pourtant, aux élections de 1935, une fusillade éclate à la sortie d'une réunion électorale. Des hommes de Carbone et Spirito se mettent à tirer sur Antoine et ses accolytes, peu armés. Ces derniers fuient donc, mais les autres les poursuivent. Le combat se poursuit dans un zoo. La seule victime de la soirée est un potamochère de Madagascar.
Au printemps 1936, les frères achètent le bar de l'Étoile, et en font un établissement de luxe avec cercle de jeux en sous-sol. Pour l'innauguration, tout le gratin de la police, de la politique et des affaires est là. Les autres frères et soeurs Guérini débarquent à Marseille pour s'occuper des établissements des deux aînés.
En 1937, deux nouveaux bordels deviennent la propriété des frères Guérini, puis ils héritent d'un ami propriétaire de maisons closes à Salon-de-Provence et à Marseille. Peu après, les Guérini achètent un bordel à Toulouse et deux à Alger. Les deux compères Carbone et Spirito restent les parrains de la ville, mais ce sont désormais les Guérini qui ont le monopole de prostitution. À la veille de la guerre, ils sont déjà à la tête d'un petit empire.
L'EMPIRE GUÉRINI
Pendant la Guerre
Sous l'occupation, les Guérini optent pour la Résistance. Antoine Guérini accueille des clandestins dans son bar tandis que son frère Pascal organise une filière pour les faire fuire vers la Corse ou l'Afrique du Nord. Elle sera démentelée en 1943.
Mémé Guérini, lui, est plus engagé. Il participe directement aux combats de la Résistance, aux côtés de la SFIO. Il ira même jusqu'à décapiter un traître à cause de qui des résistants avaient été fusillés.
En revanche, Antoine s'intéresse plus aux affaires qu'à la résistance. Durant la période 39-45, il participe à plusieurs traffics et autres escroqueries. De leur côté, Carbone et Spirito continuent de diriger la ville, virants dans la collaboration. Les deux clans observent un statu quo pour éviter les affrontements.
Le 16 décembre 1943, Paul Carbone meurt dans un accident de voiture, fauché par un train ; et à la Libération, François Spirito s'enfuit à l'étranger pour ne pas subire l'épuration.
Les Guérini ont le champs libre.
L'accession au Pouvoir
À la Libération, plus personne n'est là pour gêner les Guérini. Ceux-ci se mettent à racheter les établissements abandonnés par Spirito et par d'autres truands collabos qui ont fuit. Leurs liens avec la politique, leur puissance militaire et financière ont facilité la tâche. Bars, boîtes, cabarets et hôtels de Paris ou Marseille tombent dans leur escarcelle. Une bonne quinzaine d'établissements hauts en couleur y passent.
Puis en 1945, le comissaire Blémant, un policier véreux, propose une association à Antoine : il lui fournit les dossiers d'anciens collabos et Antoine s'en sert pour faire pression sur des tenanciers. Bien sûr, Antoine accepte, et grâce à cela, tous les plus beaux établissements de la région tombent dans les mains des Guérini, ainsi que la plupart des maisons de la prostitution du quartier de l'Opéra, zone entièrement vouée au proxénétisme.
L'Esprit du Clan
Antoine est le vrai caïd du clan, c'est lui qui le dirige réelement et qui gère les affaires. Grand, fin, peu bavard et froid, il est redouté pour ses crises de colère subites et dans lesquelles il devient incontrôlable.
Mémé, quand à lui, est très apprécié dans le milieu. Sa générosité et sa bonne mentalité plaisent à tous, ce qui n'empêche pas qu'il soit lui aussi craint malgré son penchant pour la diplomatie. Régulièrement, des truands viennent le voir pour lui demander un service ou un conseil.
Le clan a toujours gardé son esprit corse, punissant les traîtres et agissant toujours dans les règles du milieu. Leur loyauté et leur solidarité leur ont permis de développer leurs connexions et d'aggrandire le cercle de leurs fidèles. Souvent, les personnes importantes du clan (liens de sang ou d'amitié) se réunissent pour débattre des décisions importantes, dans la plus pure tradition corse.
La Politique
C'est en 1947 que les Guérini sont complètement envoyés au sommet. Pendant la résistance, ils ont renforcé leurs liens avec la politique, notamment avec le résistant Gaston Deferre. Et cette année 1947, en Octobre, il est élu maire de Marseille. Les Guérini bénéficient ainsi d'une impunité des plus utiles. Avant les socialistes, c'était les communistes qui étaient au pouvoir. De violentes grèves se mettent à éclatées dans le secteur des transports publics et chez les dockers.
Le 12 Novembre, une manifestation anime la journée. L'après-midi, elle se prolonge, et des hommes de mains fournit par les Guérini sont chargés de tabasser les communistes. En réponse, une foule en colère vient se masser devant l'hôtel de ville, avant de regagner ses pénates. Seul un petit groupe de militants prend le chemin du quartier de l'Opéra et de ses bars à tapin, bien décidé d'en finnir avec les Guérini, ces truands qui vivent sur le dos de l'honnête travailleur. Arrivés sur place, une salve est tiré deouis un bar. Vincent Voulant s'écroule, touché à mort. Ce serait Antoine et Mémé Guérini qui auraient fait feu, épaulés par Antoine Sinibaldi. Le 10 décembre, après quelques rétractations forcées, les Guérini sont blanchis du meurtre de Voulant.
Quelques Affaires sanglantes
Vincent Voulant n'est pas le seul à tomber sous les balles des Guérini. D'autres aussi ont goûté de la justice version Guérini. Parmis ceux-ci : René Jean. En 1945, alors que Mémé et Antoine sont montés à Paris, leur ami
Toussaint Leca est descendu par René, pour une réflexion qui lui a déplu. René Jean est retrouvé mort dix jours plus tard.
En 1949 a lieu une autre affaire : un homme avertit les Guérini que Jean-Thomas G., homme de poid du milieu marseillais, serait un indic. Ce dernier leur assure que c'est faux et s'en sort (pourtant, il était bel et bien un indic). C'est son dénonciateur qui est liquidé.
La même année, le 9 juillet, l'un des meilleurs ami de Mémé,
Mathieu Costa, est poignardé pour une histoire de racket. Dans sa chambre d'hôpital, il donnera le nom de son agresseur à ses amis : Jeannot le Fou. Mémé le fait abattre le 1er août. Costa, lui, meurt quelques jours plus tard, vengé.
Tel sont les règles du code d'honneur du Milieu.
L'Empire se porte bien
Pendant les années 50, les Guérini profitent pleinement de leur réussite malfrate. Leurs liens avec les show-biz (il connaissait notamment personnellement Alain Delon) les rend célèbres à travers toute la France. Leur clan est devenu l'un des plus puissants d'Europe, et reste à ce jour le clan le plus puissant qu'ait connut le Milieu français, mis à part celui de Carbone et Spirito.
Après l'affaire Voulant, la CIA (!!!) fait appel aux services des Guérini pour briser l'action des communistes dans les docks. Antoine et Mémé se lancent dans la contrebande de cigarette (ils sont étroitement liés à l'affaire du Combinatie). Avec Robert Blémant, ils gèrent un certain nombre de boîtes de Paris et de la Côte d'Azur. Il paraitraît même qu'Antoine aurait joué un rôle dans l'assassinat du président Kennedy. Cela n'est pas impossible du faite qu'il connaissait personnellement Lucky Lucciano (parrain new-yorkais pour ceux qui ne sauraient pas). Par contre, l'hypothèse selon laquelle Antoine Guérini aurait organisé à lui tout seul toute l'affaire est fausse.
Si Antoine continue de travailler en souterrain, Mémé, lui, s'est plus ou moins rangé. Il continue à s'occuper des histoires d'honneur, des relations, il donne des coups de main, règle les différents, donne des conseils... et fait office de juge de paix du sud-est, donnant les feux vert ou les interdictions pour tel ou tel règlement de compte.
À la fin des années 50, Antoine veut se lancer dans le jeu parisien.
LE DÉCLIN
L'affaire du Grand Cercle
En 1959 Robert Blémant (qui a été démis de ses fonctions à cause de ses liens avec le milieu) obtient l'autorisation d'exploiter les grands jeux. De gros profits s'annoncent, mais pour garantir les gains des joueurs, il faut une banque solide. Et Blémant n'a pas les moyens de la fournir à lui seul. Il fait donc appel à Antoine Guérini, qui saute sur l'occasion, à Gilbert Zenatti (non truand), Antoine Peretti, Jean-Baptiste Andréani et Marcel Francisi pour investir dans le Gand Cercle.
Malheureusement, ce bel ensemble va se fissurer en février 1960. Cette année-là, espérant la chute de ses associers pour être le seul à reigner sur le jeu parisien, Andréani demande à se retirer de l'affaire et à être remboursé se son investissement. Si les associés ne le peuvent pas, Andréani prend la majorité des parts de la banque. Ils paient donc. Mais un mois après, Zenatti se retire à son tour car interdit de cercle. Puis Peretti demande à son tour le remboursement de son capital, et se retire sans problème. Robert Blémant et Antoine Guérini sont sur la touche. Andréani revient alors en force et s'oppose à Francisi, à qui il ne laisse que dix pour cent de sa participation initiale. Les deux hommes vont se livrer une guerre qui fera huit morts.
De son côté, Antoine a perdu des sommes énormes dans cette histoire.
Le Pouvoir se perd
C'est à partir de cet échec financier que commence le déclin du clan. Les Guérini vieillissent et ne sont plus dans l'air du temps. Mémé ne veut plus entendre parler de milieu et Antoine sombre petit à petit dans une espèce de folie causé par l'obsession de l'affaire du Grand Cercle. Bien sûr, ils préservent leur empire et sont toujours respéctés. On continue de les consulter pour tel ou tel histoire, on leur demande de faire jouer tel ou tel relation pour tel ou tel affaire... Mais ils ne contrôlent plus rien. Ils se contentent de gérer tranquillement leurs établissements sans se soucier de ce qui se passe à Marseille ou ailleurs. De plus, ils ont refusé de se lancer dans la came (par principe et parce qu'ils l'avaient promis à leur père) alors que tout le monde s'y met et que ce bizness rapporte des sommes énormes.
L'Empire tombe dans une mare de sang
Robert Blémant deviant une obsession pour
Antoine Guérini. Il a le sentiment que l'ancien commissaire fait son oseille sur le dos du clan, et qu'un jour ou l'autre il s'attaquera directement aux Guérini. Il décide donc, malgré le désaccord de Mémé, de le liquider. Le 4 mai 1965, Blémant est fauché par les rafales de deux mitraillettes tirées depuis une voiture.
Colombani, l'un des tireurs, est abattu en février 1966 en sortant de chez sa mère. Le chauffeur est descendu la même année, en Espagne. Quand au deuxième tireur, il s'agit d'
Antoine Mondolini, le fils adoptif de Mémé Guérini, en prison au moment des assassinats de ses complices. Les vengeurs de Blémant attendront sa sortie de prison, en décembre 69, pour le poignardé dans sa chambre d'hôpital.
Le 23 juin 1967, Antoine Guérini va faire le plein de sa mercedes à Marseille, accompagné de son fils. Soudain, deux hommes casqués surgissent sur une grosse cylindrée rouge. L'un d'eux saute à la volée, s'approche de la voiture et tire quatre coups sur le pare-brise côté passager. Il passe la main à travers la portière dont la vitre est baissé et tire encore. Onze balles de 11.43 ont traversées le coeur du seigneur de la pègre. Les associers de Blémant ont la rancune tenace.
Pendant l'enterrement d'Antoine, deux voleurs inconscients ont cambriolé la somptueuse villa de Mémé Guérini. Lorsqu'ils apprennent à qui ils ont réèlement affaire, l'un part se réfugier dans son pays natal d'Espagne (après un tabassage de la part des hommes de main des Guérini) et l'autre est tué de huit balles dans le corps. Bien que les apparences soit contre les Guérini, ils n'ont pas tué le cambrioleur. Il s'agit en réalité d'une sombre magouille politique dont les acteurs principaux seraient haut-placés. En partant de là, il serait même possible que ce soit eux qui ait commandités le meurtre d'Antoine Guérini (c'est trop long d'expliquer exactement de quoi il s'agit, pour le savoir il faut lire La Saga Guérini).
Mémé, Pascal et François Guérini sont arrêtés quelques jours plus tard. Pascal meurt d'une crise cardiaque à la prison des Baumettes. Le 15 janvier 1969, Mémé est condamné à vingt ans (là aussi il y a eu magouille). Atteint d'un cancer, il est libéré en conditionnelle le 4 mars 1978. Il meurt en 1982 à la Valette, une clinique privée de Montpellier.
La Saga Guérini de Marie-Christine Guérini publié chez Flammarion.
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