Paul VENTURE CARBONE

Sans remonter à la pré-histoire, l'on peut dire que le précurseur de l'acsendant pris par des Corses audacieux sur les caisses du vice, fut Paul Venture Carbone, né à Propriano en 1894, et décédé au cours d'un dérailllement provoqué du train Lyon-Paris en 1943. Carrière exemplaire, si l'on peut dire, et qui voici quatre-vingt ans annonçait déjà un mal qui ne devait que grandir : la collusion plus ou moins entretenue entre le monde politique et ce monde en marge.

Sa vie a été maintes fois racontée et notamment par Loup Durand, historiographe averti du milieu marseillais, dans son livre "Le Caïd". Né dans une famille très pauvre, Carbone débute dans le "métier" à douze-treize ans en volant du sable qu'il revend pour quelques sous. Devenu mousse, puis marin aux Messageries il fait le tour du monde avant sa vingtième année, observant déjà avec un oeil aigu les trafics de tout genre, qui se nouent au hasard des ports. D'une force herculéenne, il se bagarre volontiers, ce qui lui vaudra ses premiers démêlés avec la justice. Mais puisqu'il aime se battre, il est très vite et très largement servi : mobilisé en 1914 dès le premier jour, il fait une guerre courageuse, entrecoupée de sanctions qui le destinent tout naturellement aux Bat d'Af. C'est ainsi qu'il devient nettoyeur de tranchées, spécialité où il convient d'avoir la main rapide et brutale. Il y fera merveille.

La paix revenue, Carbone embarque de nouveau. Il passe de longs mois dans les mers de Chine, à Shangaï notamment. IL y noue de solide amitiés qui constitueront les maillons de son réseau personnel. L'Amérique du Sud l'accueille ensuite. Voyages d'etudes, si l'on peut dire. Son itinéraire recoupe à peu près celui des filières qui, avant guerre, transportaient les "drogues dures" de l'époque, l'opium surtout, l'herbe à la mode du côté du Boeuf sur le toit. Ce n'est qu'en 1923que Carbone revient à Marseille, et décide sur-le-champ de rentabiliser sa science toute neuve.

Sur le grand port phocéen les choses ont bien changé depuis 1914. Le milieu traditionnel subit déjà la concurrence africaine : celle des Algériens, des Marocains, et même des noirs.

Lorsque les "hommes" sont revenus de la guerre, il leur a fallu reconquérir le marché. Ils ont fait le nettoyage en appliquant les leçons apprises dans les tranchées. Carbone, en remettant le pied sur le veiux-port, va contribuer vaillamment à cette bataille économique. C'est ainsi qu'il se bâtit une renommée. Ce grand gaillard, dont le corps tout en entier - à l'exception du visage - est tatoué, devient rapidement un homme qui compte et que l'on n'ose pas trop contredire. Mais il reprend bientôt la mer, ayant compris que l'avenir est à ceux qui connaissent sur le bout des doigts le marché de la "schnouf". Il se rend même à New York où il prend contact avec les chefs de la Mafia. C'est lui qui inaugure alors un procédé pour débarquer la drogue à Marseille : des sacs étanches lancés à la mer à une courte distance de la côte et recueillis en douce par des pêcheurs qui n'ont cas relever leur filets.

Bien entendu, rvenu définitivement en France, il ne néglige pas la prostitution. Sa virilité éclatante lui vaut d'innombrables conquêtes féminines. D'abord simple maquereau sur la place de Marseille, il entre très vite dans des réseaux qui "dirigent" les "gagneuses" vers les bordels d'Europe, d'Afrique du Nord ou du Moyent-Orient. Il y ajoute le racket des bars et des commecers sur un modèle qu'il a vu s'édifier en Amérique.

Les dangers sont réels et Carbone a la chance de survivre. C'est même un miracle lorsqu'en Egypte, ayant déplu à des rivaux locaux, il se trouve en plein désert enterré jusqu'au cou dans le sable et promis à une mort lente et désagréable. Un ami le sauve. Il s'appel Lydro Spirito, et il n'est pas Corse.

C'est à coup sûr la politique qui donne à Carbone et Spirito l'auréole qui leur manque. IL entre en politique lorsque la mort de maire de Marseille, le docteur Siméon Plaissière, déclance une guerre de succession sans merci. En 1931, il arrive à faire élir un homme à lui, Ribot. Ce qui lui permet de devenir le patron réel de la mairie de Marseille. C'est pour Carbone la confirmation de sa suprématie. Son pouvoir ne s'exerce plus seulement sur les quartiers chauds, mais déborde sur tout Marseille.

Durant la seconde guerre mondiale, en contrepartie de pouvoir continuer une partie de son commerce et de developper la prostitution, florissante durant toute la guerre, il se livre en à la chasse au résistant, sans parler des juifs dépouillés et livrés à la Gestapo.

Le 15 décembre 1943 Carbone, qui se trouve à Marseille, s'installe le soir dans un wagon-lit du rapide pour Paris. UN peu après Lyon, à Neuville-sur-Saône, le convoi saute sur une mine. Carbone se retrouve les jambes coincées entre les tôles et le bassin brisé. "Je suis foutu, dit-il aux sauveteurs". Il réclame une cigarette, tire une bouffée et expire. Son ami Lydro vient chercher le corps qu'il rapatrie à Paris où se dérouleront des funérailles dignes d'un ministre en place.

Après la libération, Spirito, grâce à de solides complicitées, réussira à s'enfuir. Il reparaîtra en France quelques années plus tard et sera plratiquement blanchi. Il vivra alors en paix, toujours aussi élégant et décontracté, étant passé sans se mouiller à travers les pires tornades.

merci Hadrien

# Posté le mercredi 28 septembre 2005 13:25

Modifié le lundi 03 octobre 2005 15:48

Paul LECA

Paul LECA
Paul LECA (1905-1966)

De l'Or dans le Train et dans les Mains

Paul Leca est né le 14 mai 1905 à Valle-di-Mezzana, en Corse du sud. Embarqué pour le continent, il atterrit à Marseille. Il y trempe très jeune dans divers trafics, notamment celui des faux billets, ainsi que dans le vol, et se fait remarqué dans le quartier de Saint-Jean. Il en devient l'un des caïds.

En 1936, son nom est cité dans des affaires de vol, et en 1938 dans une très grosse affaire : celle du train de l'or. Les premiers traits de l'affaire ont été tracés à la Centrale de Nîmes. Le coup réunit deux bandes de Marseille, l'une venant de la Belle-de-Mai, emmenée Paul Pedusi et comptant dans ses rangs Gu Méla, l'autre de Saint-Jean, ayant pour chef de file Paulo Leca. Au total, on compte seize participants. Une nuit de septembre 1938, un train transportant 180 kilos d'or, des diamants et des rubis bruts, entreposés dans un wagon blindé gardé par deux homme armés, quitte la gare Saint-Charles à Marseille. Tout juste quelques minutes après son départ, le train s'arrête bizarrement à hauteur de Saint-Barthélémy. Les hommes d'équipage descendent du train pour voir ce qui se passe. À peine descendus, ils sont mitraillés. Une partie des braqueurs les met en joue tandis que d'autres chargent l'or et les diamants dans une camionnette. Quelques temps plus tard, quelques participants venus de la Belle-de-Mai sont arrêtés. Les autres, sentant le vent tourné, se réfugient à Paris.

Paul Leca, lui, décide de régler son compte à Attilio Deci, venu de la Belle-de-Mai et ayant participé au coup du train de l'or, à cause d'un vieux contentieux à propos de faux billets. Pour se faire, il lui propose de s'associer avec son équipe le temps d'une affaire. À peine arrive-t-il à ses côtés que Paulo le remplit de plomb. Ses amis balancent le cadavre de Deci à la mer.

Fin 1940, Paul Leca est interné au camp de Mauzac, et revient à Marseille en 1943, en partie libéré grâce à son amitié avec le parrain Paul Carbone. À Marseille, il devient l'un des principaux imprimeur de faux tickets d'alimentation et travaille pour les services, volant à l'occasion pour leur compte des documents militaires à la marine allemande. À la libération, Leca est accusé de collaboration. Le patron de la Sûreté, Pierre Berteaux, que Leca a rencontré à Mauzac, intervient et l'innocente.

Un Gros Poisson

À la Libération, Paulo Leca est devenu un très gros poisson, lié à de nombreuses figures du Milieu et ayant des relations policières à un haut niveau qui le protégeront longtemps. Ayant toutes les apparences de la respectabilité, possédant des participations dans des bars niçois, Leca affiche un mode de vie de nabab, costumes coûteux sur le corps et porte-cigarettes en or à la bouche.

Après la guerre, il pille les châteaux, trafique les faux dollars et les cigarettes de contrebande. Il excelle dans ce dernier secteur et devient l'un des plus gros trafiquants de cigarettes de Marseille, peut-être même le plus gros juste après Jo Renucci. Son superbe yatch, l'Éliette, sert à son équipe pour faire la navette entre Tanger et Marseille, les cales du bateau remplit de blondes. En décembre 1949, deux tonnes de cigarettes de contrebande sont saisies dans un camion près de Marseille. Leca est confondu quelques semaines plus tard. Son yatch est saisi. Lui est condamné à une amende de 130 millions de francs et trois ans de prison par contumace. Paulo Leca est en effet en cavale. Mais pour une autre affaire. Celle des bijoux de la Bégum, le coup le plus fameux des années d'après-guerre..

Le 3 août 1949, aux alentours de midi, sous un soleil tapant, une Cadillac transportant l'Aga Khan, père spirituel des Ismaéliens (secte musulmane) et l'un des hommes les plus riche au monde, accompagné de sa femme, la Bégum, élue Miss France en 1930, quitte une luxueuse demeure du Canet pour se rendre à l'aéroport de Nice. Un cycliste ralentit d'abord la voiture. Un peu plus loin, elle est bloquée par une traction arrêtée au milieu de la route, et dont le chauffeur fait mine de se soulager sur un mur. Brusquement, il se retourne et braque une mitraillette sur les occupants de la Cadillac. Deux autres hommes, portant des bérets basques et des lunettes de soleil, surgissent de la traction et s'emparent, sous la menace de leurs armes, du sac rouge de la Bégum, remplit de bijoux, dont la Marquise, un diamant 22 carats. L'Aga Khan est délesté de son portefeuille. Avant de prendre la fuite, les bandits prennent soin de crever les pneus de la Cadillac. Le montant du casse s'élève à 213 millions de francs, un record pour l'époque. On parle de "Casse du Siècle".

L'organisateur de l'affaire n'est autre que Paul Leca, secondé par un autre homme de poids, Charles Vincéleoni. C'est un américain retraité proche de la femme de ménage de la Bégum qui a apporté le coup à Leca. Le cycliste chargé de ralentir la Cadillac est Barthélémy Ruberti. Les trois braqueurs sont François Sanna, dit Chois, Jacques Bennedetti et Paul Mondoloni. Quand au chauffeur de la traction, il s'agit de Roger Sennanedj. Grâce à la batterie du véhicule, la police identifie ce dernier. Mis indirectement au courant par la presse, les membres de l'équipe l'élimineront avec sa compagne en Suisse par précaution, alors que la police est sur ses traces.

L'enquête n'avance pas. Jusqu'au jour où Jean-Thomas Giudicelli, homme respecté dans le Milieu mais indicateur invétéré, donne les noms de Ruberti et Sanna, en 1950. De leur côté, les deux compères arrêtés balancent toute l'équipe. Michel Nicoli, juge de paix du Milieu marseillais et oncle de Mondoloni, conseille à l'équipe de restituer le butin du casse pour alléger les charges qui pèsent contre eux. Ainsi, le 26 février 1950, la magot est mystérieusement déposé devant une porte du principal commissariat de Marseille. Leca prend la fuite en Camargue puis à New-York tandis que Mondoloni paye sa caution et s'enfuit à Cuba. Au procès, en juin 1953, Sanna est condamné à dix ans, Benedetti à huit ans et Ruberti à six ans. Vincéleoni, pour sa part, est acquitté tandis que Leca et Mondoloni sont condamnés aux travaux forcés à perpétuité par contumace.

Mais l'affaire de la Bégum ne s'arrête pas là. À sa sortie de prison, se sentant lésé par la restitution du butin conseillée par Michel Nicoli, Jacques Benedetti abat ce dernier pour son conseil inutile le 14 juillet 1958. En 1976, il est lui-même abattu sur ordre de Paul Mondoloni, neveux de Nicoli. Entretemps, en juillet 1960, Jean-Thomas Giudicelli est tué d'une rafale de mitraillette, sans aucun doute pour l'une de ses dénonciations, peut-être pour celle concernant l'affaire de la Bégum.

Paul Leca, lui, quitte New York en août 1960 pour la France et s'y constitue prisonnier. Jugé en novembre 1961, il bénéficie grâce à son ami Pierre Berteaux, patron de la Sûreté, de "circonstances atténuantes" et est condamné à deux ans de prison et au versement d'une amende de 91 millions de francs. Ayant déjà purgé dix-huit mois de détention préventive, il sort libre. Coulant une retraite paisible dans sa propriété de Sainte-Marguerite, il meurt dans son lit en février 1966.

l'unik-parrain

# Posté le jeudi 22 septembre 2005 07:41

Modifié le jeudi 22 septembre 2005 16:02

I GUERINI

I GUERINI
I GUÉRINI

LES DÉBUTS
De jeunes Corses

Les frères Guérini sont originaires de Calenzana, en Corse. Leur père Félix, bûcheron, a du mal à faire vivre sa famille : six garçons (Antoine, Barthélémy, François, Pascal, Pierre et Lucien) et deux filles (Toussainte et Restitude). Les deux frères qui gagneront les hautes places du milieu sont Antoine, né en 1902, et Barthélémy dit Mémé, né en 1908.

Le premier à partir est Mémé, en 1922. Il s'embarque pour Bordeaux où il enchaîne les petits boulots et apprend le français. Assez vite, il rencontre Titi Colonna, ami de son père et figure du milieu bordelais. Celui-là lui présente des confrères ainsi que Léonie, une tireuse de cartes.

En 1923, c'est Antoine qui débarque sur le continent pour y effectuer son service militaire et part s'installer à Nice en 1924. Là Jacques Costa le prend en main et lui trouve une place comme serveur dans un bar du milieu et s'y fait des connaissances. Assez vite, âgé de 16 ans, Mémé le rejoint et sa femme Léonie commence à tapiner. Antoine, sur les conseils de Colonna, se met lui aussi à maquer une fille, qu'il fait travailler à Marseille, tout comme son frère. En parallèle, Antoine travail comme gros bras dans le quartier du Panier pour le compte du partie socialiste.

La Machine est lancée

Antoine s'adjoint une seconde fille et en possède une bonne dizaine en 1928. Cette année-là, il achète le bar des Colonnies et s'associe avec son frère Mémé. L'association durera 40 ans mais les deux frères ne se comprendront jamais.
Antoine se démarque des gangsters marseillais par son mutisme et sa froideur. Il est connu pour être droit et pour avoir une bonne mentalité. Si Mémé est moins remarqué que son aîné, il reste néanmoins encore plus déterminé que lui, voulant s'éloigner le plus possible de la misère dans laquelle il a vécu son enfance.

Prometteurs, les Guérini ne peuvent asseoire leur pouvoir sans l'assentiment des parrains de Marseille, Paul Carbone et François Spirito. Ils les autorisent à aligner les filles en échange de quelques coups de main. Comme en juin 1929, quand ils doivent racketter un niçois pour le compte des parrains. C'est un ami du racketté, Carlo, qui leur a indiqué le coup. Pour plus de sûreté, les Guérini le descenderont. La même année, Antoine hérite d'une maison de rendez-vous. Son ancienne propriétaire en a fait Antoine héritié en échange de l'assassinat d'un ancien amant encombrant. On commence à parler de plus en plus des deux frères...

À partir de 1930, les Guérini se mettent à fournir des hommes au parti socialiste, pour assurer la bonne marche de la campagne (et gêner celle des autres, à l'occasion). De l'autre côté, la droite se fournit chez Carbone et Spirito. En général, il n'y a pas trop de problèmes, les deux équipes s'étant mis d'accord pour limiter les dégâts.
Pourtant, aux élections de 1935, une fusillade éclate à la sortie d'une réunion électorale. Des hommes de Carbone et Spirito se mettent à tirer sur Antoine et ses accolytes, peu armés. Ces derniers fuient donc, mais les autres les poursuivent. Le combat se poursuit dans un zoo. La seule victime de la soirée est un potamochère de Madagascar.

Au printemps 1936, les frères achètent le bar de l'Étoile, et en font un établissement de luxe avec cercle de jeux en sous-sol. Pour l'innauguration, tout le gratin de la police, de la politique et des affaires est là. Les autres frères et soeurs Guérini débarquent à Marseille pour s'occuper des établissements des deux aînés.

En 1937, deux nouveaux bordels deviennent la propriété des frères Guérini, puis ils héritent d'un ami propriétaire de maisons closes à Salon-de-Provence et à Marseille. Peu après, les Guérini achètent un bordel à Toulouse et deux à Alger. Les deux compères Carbone et Spirito restent les parrains de la ville, mais ce sont désormais les Guérini qui ont le monopole de prostitution. À la veille de la guerre, ils sont déjà à la tête d'un petit empire.

L'EMPIRE GUÉRINI
Pendant la Guerre


Sous l'occupation, les Guérini optent pour la Résistance. Antoine Guérini accueille des clandestins dans son bar tandis que son frère Pascal organise une filière pour les faire fuire vers la Corse ou l'Afrique du Nord. Elle sera démentelée en 1943.
Mémé Guérini, lui, est plus engagé. Il participe directement aux combats de la Résistance, aux côtés de la SFIO. Il ira même jusqu'à décapiter un traître à cause de qui des résistants avaient été fusillés.

En revanche, Antoine s'intéresse plus aux affaires qu'à la résistance. Durant la période 39-45, il participe à plusieurs traffics et autres escroqueries. De leur côté, Carbone et Spirito continuent de diriger la ville, virants dans la collaboration. Les deux clans observent un statu quo pour éviter les affrontements.
Le 16 décembre 1943, Paul Carbone meurt dans un accident de voiture, fauché par un train ; et à la Libération, François Spirito s'enfuit à l'étranger pour ne pas subire l'épuration.
Les Guérini ont le champs libre.

L'accession au Pouvoir

À la Libération, plus personne n'est là pour gêner les Guérini. Ceux-ci se mettent à racheter les établissements abandonnés par Spirito et par d'autres truands collabos qui ont fuit. Leurs liens avec la politique, leur puissance militaire et financière ont facilité la tâche. Bars, boîtes, cabarets et hôtels de Paris ou Marseille tombent dans leur escarcelle. Une bonne quinzaine d'établissements hauts en couleur y passent.
Puis en 1945, le comissaire Blémant, un policier véreux, propose une association à Antoine : il lui fournit les dossiers d'anciens collabos et Antoine s'en sert pour faire pression sur des tenanciers. Bien sûr, Antoine accepte, et grâce à cela, tous les plus beaux établissements de la région tombent dans les mains des Guérini, ainsi que la plupart des maisons de la prostitution du quartier de l'Opéra, zone entièrement vouée au proxénétisme.

L'Esprit du Clan

Antoine est le vrai caïd du clan, c'est lui qui le dirige réelement et qui gère les affaires. Grand, fin, peu bavard et froid, il est redouté pour ses crises de colère subites et dans lesquelles il devient incontrôlable.
Mémé, quand à lui, est très apprécié dans le milieu. Sa générosité et sa bonne mentalité plaisent à tous, ce qui n'empêche pas qu'il soit lui aussi craint malgré son penchant pour la diplomatie. Régulièrement, des truands viennent le voir pour lui demander un service ou un conseil.

Le clan a toujours gardé son esprit corse, punissant les traîtres et agissant toujours dans les règles du milieu. Leur loyauté et leur solidarité leur ont permis de développer leurs connexions et d'aggrandire le cercle de leurs fidèles. Souvent, les personnes importantes du clan (liens de sang ou d'amitié) se réunissent pour débattre des décisions importantes, dans la plus pure tradition corse.

La Politique

C'est en 1947 que les Guérini sont complètement envoyés au sommet. Pendant la résistance, ils ont renforcé leurs liens avec la politique, notamment avec le résistant Gaston Deferre. Et cette année 1947, en Octobre, il est élu maire de Marseille. Les Guérini bénéficient ainsi d'une impunité des plus utiles. Avant les socialistes, c'était les communistes qui étaient au pouvoir. De violentes grèves se mettent à éclatées dans le secteur des transports publics et chez les dockers.

Le 12 Novembre, une manifestation anime la journée. L'après-midi, elle se prolonge, et des hommes de mains fournit par les Guérini sont chargés de tabasser les communistes. En réponse, une foule en colère vient se masser devant l'hôtel de ville, avant de regagner ses pénates. Seul un petit groupe de militants prend le chemin du quartier de l'Opéra et de ses bars à tapin, bien décidé d'en finnir avec les Guérini, ces truands qui vivent sur le dos de l'honnête travailleur. Arrivés sur place, une salve est tiré deouis un bar. Vincent Voulant s'écroule, touché à mort. Ce serait Antoine et Mémé Guérini qui auraient fait feu, épaulés par Antoine Sinibaldi. Le 10 décembre, après quelques rétractations forcées, les Guérini sont blanchis du meurtre de Voulant.

Quelques Affaires sanglantes

Vincent Voulant n'est pas le seul à tomber sous les balles des Guérini. D'autres aussi ont goûté de la justice version Guérini. Parmis ceux-ci : René Jean. En 1945, alors que Mémé et Antoine sont montés à Paris, leur ami Toussaint Leca est descendu par René, pour une réflexion qui lui a déplu. René Jean est retrouvé mort dix jours plus tard.
En 1949 a lieu une autre affaire : un homme avertit les Guérini que Jean-Thomas G., homme de poid du milieu marseillais, serait un indic. Ce dernier leur assure que c'est faux et s'en sort (pourtant, il était bel et bien un indic). C'est son dénonciateur qui est liquidé.
La même année, le 9 juillet, l'un des meilleurs ami de Mémé, Mathieu Costa, est poignardé pour une histoire de racket. Dans sa chambre d'hôpital, il donnera le nom de son agresseur à ses amis : Jeannot le Fou. Mémé le fait abattre le 1er août. Costa, lui, meurt quelques jours plus tard, vengé.
Tel sont les règles du code d'honneur du Milieu.

L'Empire se porte bien

Pendant les années 50, les Guérini profitent pleinement de leur réussite malfrate. Leurs liens avec les show-biz (il connaissait notamment personnellement Alain Delon) les rend célèbres à travers toute la France. Leur clan est devenu l'un des plus puissants d'Europe, et reste à ce jour le clan le plus puissant qu'ait connut le Milieu français, mis à part celui de Carbone et Spirito.
Après l'affaire Voulant, la CIA (!!!) fait appel aux services des Guérini pour briser l'action des communistes dans les docks. Antoine et Mémé se lancent dans la contrebande de cigarette (ils sont étroitement liés à l'affaire du Combinatie). Avec Robert Blémant, ils gèrent un certain nombre de boîtes de Paris et de la Côte d'Azur. Il paraitraît même qu'Antoine aurait joué un rôle dans l'assassinat du président Kennedy. Cela n'est pas impossible du faite qu'il connaissait personnellement Lucky Lucciano (parrain new-yorkais pour ceux qui ne sauraient pas). Par contre, l'hypothèse selon laquelle Antoine Guérini aurait organisé à lui tout seul toute l'affaire est fausse.
Si Antoine continue de travailler en souterrain, Mémé, lui, s'est plus ou moins rangé. Il continue à s'occuper des histoires d'honneur, des relations, il donne des coups de main, règle les différents, donne des conseils... et fait office de juge de paix du sud-est, donnant les feux vert ou les interdictions pour tel ou tel règlement de compte.
À la fin des années 50, Antoine veut se lancer dans le jeu parisien.

LE DÉCLIN
L'affaire du Grand Cercle


En 1959 Robert Blémant (qui a été démis de ses fonctions à cause de ses liens avec le milieu) obtient l'autorisation d'exploiter les grands jeux. De gros profits s'annoncent, mais pour garantir les gains des joueurs, il faut une banque solide. Et Blémant n'a pas les moyens de la fournir à lui seul. Il fait donc appel à Antoine Guérini, qui saute sur l'occasion, à Gilbert Zenatti (non truand), Antoine Peretti, Jean-Baptiste Andréani et Marcel Francisi pour investir dans le Gand Cercle.

Malheureusement, ce bel ensemble va se fissurer en février 1960. Cette année-là, espérant la chute de ses associers pour être le seul à reigner sur le jeu parisien, Andréani demande à se retirer de l'affaire et à être remboursé se son investissement. Si les associés ne le peuvent pas, Andréani prend la majorité des parts de la banque. Ils paient donc. Mais un mois après, Zenatti se retire à son tour car interdit de cercle. Puis Peretti demande à son tour le remboursement de son capital, et se retire sans problème. Robert Blémant et Antoine Guérini sont sur la touche. Andréani revient alors en force et s'oppose à Francisi, à qui il ne laisse que dix pour cent de sa participation initiale. Les deux hommes vont se livrer une guerre qui fera huit morts.
De son côté, Antoine a perdu des sommes énormes dans cette histoire.

Le Pouvoir se perd

C'est à partir de cet échec financier que commence le déclin du clan. Les Guérini vieillissent et ne sont plus dans l'air du temps. Mémé ne veut plus entendre parler de milieu et Antoine sombre petit à petit dans une espèce de folie causé par l'obsession de l'affaire du Grand Cercle. Bien sûr, ils préservent leur empire et sont toujours respéctés. On continue de les consulter pour tel ou tel histoire, on leur demande de faire jouer tel ou tel relation pour tel ou tel affaire... Mais ils ne contrôlent plus rien. Ils se contentent de gérer tranquillement leurs établissements sans se soucier de ce qui se passe à Marseille ou ailleurs. De plus, ils ont refusé de se lancer dans la came (par principe et parce qu'ils l'avaient promis à leur père) alors que tout le monde s'y met et que ce bizness rapporte des sommes énormes.

L'Empire tombe dans une mare de sang

Robert Blémant deviant une obsession pour Antoine Guérini. Il a le sentiment que l'ancien commissaire fait son oseille sur le dos du clan, et qu'un jour ou l'autre il s'attaquera directement aux Guérini. Il décide donc, malgré le désaccord de Mémé, de le liquider. Le 4 mai 1965, Blémant est fauché par les rafales de deux mitraillettes tirées depuis une voiture.
Colombani, l'un des tireurs, est abattu en février 1966 en sortant de chez sa mère. Le chauffeur est descendu la même année, en Espagne. Quand au deuxième tireur, il s'agit d'Antoine Mondolini, le fils adoptif de Mémé Guérini, en prison au moment des assassinats de ses complices. Les vengeurs de Blémant attendront sa sortie de prison, en décembre 69, pour le poignardé dans sa chambre d'hôpital.

Le 23 juin 1967, Antoine Guérini va faire le plein de sa mercedes à Marseille, accompagné de son fils. Soudain, deux hommes casqués surgissent sur une grosse cylindrée rouge. L'un d'eux saute à la volée, s'approche de la voiture et tire quatre coups sur le pare-brise côté passager. Il passe la main à travers la portière dont la vitre est baissé et tire encore. Onze balles de 11.43 ont traversées le coeur du seigneur de la pègre. Les associers de Blémant ont la rancune tenace.

Pendant l'enterrement d'Antoine, deux voleurs inconscients ont cambriolé la somptueuse villa de Mémé Guérini. Lorsqu'ils apprennent à qui ils ont réèlement affaire, l'un part se réfugier dans son pays natal d'Espagne (après un tabassage de la part des hommes de main des Guérini) et l'autre est tué de huit balles dans le corps. Bien que les apparences soit contre les Guérini, ils n'ont pas tué le cambrioleur. Il s'agit en réalité d'une sombre magouille politique dont les acteurs principaux seraient haut-placés. En partant de là, il serait même possible que ce soit eux qui ait commandités le meurtre d'Antoine Guérini (c'est trop long d'expliquer exactement de quoi il s'agit, pour le savoir il faut lire La Saga Guérini).

Mémé, Pascal et François Guérini sont arrêtés quelques jours plus tard. Pascal meurt d'une crise cardiaque à la prison des Baumettes. Le 15 janvier 1969, Mémé est condamné à vingt ans (là aussi il y a eu magouille). Atteint d'un cancer, il est libéré en conditionnelle le 4 mars 1978. Il meurt en 1982 à la Valette, une clinique privée de Montpellier.

La Saga Guérini de Marie-Christine Guérini publié chez Flammarion.

lunik-parrain

# Posté le lundi 19 septembre 2005 14:21

Modifié le mercredi 28 septembre 2005 17:37

Paul MONDOLONI

Paul MONDOLONI
Paul MONDOLONI

Le Casse de la Bégum lance le "Petit Paul"

Paul Damien Mondoloni, né le 27 septembre 1916 à Sartène, se fait connaître pour la première fois à Paris, sous l'Occupation, où il trafique les tickets. Attrapé, il sera condamné à dix ans de travaux forcés et envoyé à la centrale d'Eysses, d'où il s'évade en 1944. C'est aussi à Paris qu'il fait la rencontre de Jean-Baptiste Croce avec qui il fera plus tard les quatre cent coups.

En attendant, en 1949, "Petit Paul" comme on l'appel va participer au coup le plus fameux des années d'après-guerre, réunissant plusieurs pointures du moment. À cette époque, Paul Mondoloni s'est déjà fait remarqué dans le Milieu par son étonnant sang-froid. Le 3 août 1949, la Cadillac transportant l'Aga Khan, l'un des hommes les plus riche du monde et chef spirituel de la secte musulmane des Ismaéliens, et son épouse, la Bégum, est stoppée par une traction garée au milieu de la route. Des hommes armés en surgissent et prennent possession du sac de la Bégum, dans lequel se trouve des diamants d'une très grande valeur. Le montant du braquage s'élève à 213 millions de francs, un record. L'affaire, organisée par un gros poisson du Milieu marseillais, Paul Leca, va faire grand bruit. Tous les membres de l'équipe seront identifiés et condamnés, à l'exception de Sennanedj, abattu par les autres auteurs du casse avec sa femme car découvert trop tôt (ce qui n'empêchera pas le reste de l'équipe de se faire pincer), et de Mondoloni. Ce dernier a en effet payé sa caution en 1952 et s'enfuit alors à Cuba. Il est condamné en 1953 aux travaux forcés à perpétuité par contumace.

Mais l'affaire de ce casse ne s'arrête pas là. Elle a fait naître chez certains de ses participants de sérieuses ranc½urs, et en particulier chez Jacques Benedetti. Condamné à huit ans de prison, ce dernier décide de se venger. Une fois libre, il abat Dominique Nicoli, oncle de Mondoloni, le 14 juillet 1958 sur la terrasse de sa brasserie du Vieux-Port. Les explosions du feu d'artifice ont couvert le bruit des coups de feu. Nicoli avait pour tort d'avoir donner un conseil qui causera de sérieuses pertes à Benedetti dans le cadre de cette affaire. De plus, son lien de parenté avec Mondoloni, qui, lui, a empoché une grosse somme et qui en plus n'a pas fait de prison, accentue la rancune de Benedetti. Qui s'avère tenace. Condamné pour le meurtre de Nicoli, Benedetti ne sort de prison qu'en 1975 et passe voir Mondoloni à Sartène en 1976 pour lui demander des comptes. Le ton monte et Mondoloni se fait tirer dessus. L'autre aurait mieux fait de ne pas le rater : il est abattu quelques temps plus tard, en avril, de vingt balles de 11,43.

Avec Croce et Bistoni dans la Poudre

Fin 1952, Paul Mondoloni est envoyé au Mexique avec Jean-Baptiste Croce par son mentor Ansan Bistoni, dit l'Aga Khan (comme l'Ismaélien). Là, ils doivent rejoindre Antoine D'Agostino, ancien collabo, pour l'aider à monter une nouvelle filière pour le trafic d'héroïne. D'Agostino a en effet du mal à envoyer de la poudre vers les États-Unis depuis l'arrestation de ses deux principaux associés, Joseph Orsini et François Spirito. Il apprend aux deux nouveaux venus dans le monde de la drogue les rouages du trafic.

Mais les inséparables Croce et Mondoloni vont d'abord manquer de chance : lors de leur première transaction, début 1953, ils sont arrêtés au Texas avec la marchandise. Après avoir passé quelques mois en prison, ils sont extradés vers le Mexique où ils reprennent leurs activités. Et leur apport à la filière mexicaine a effectivement était par la suite d'une grande utilité. Du moins jusqu'en 1955, date à laquelle D'Agostino est arrêté.

Croce et Mondoloni, après avoir prit des contacts en Italie et en France, partent alors pour le Canada. À montréal, ils se rapprochent des pontes locaux, Lucien Rivard et les frères Cotroni, et vont s'associer avec eux dans le trafic d'héroïne. Une nouvelle filière est alors montée. Y prennent part Ansan Bistoni et son ami Gabriel Graziani, Dominique Nicoli, fournisseur d'héroïne et oncle de Mondoloni, Dominique Albertini, chimiste surdoué, et les frères Venturi, dont l'un, Jean, a été rencontré par Croce et Mondoloni au Canada. Le réseau utilise des voitures bourrées de poudre. Embarquées à Barcelone, elles sont ensuite envoyées à Montréal ou Véra Cruz d'où elles partent pour New-York. Cette filière permet à l'équipe de faire rentrer environ trente kilos d'héroïne aux États-Unis chaque mois.

À ce moment, Croce et Mondoloni sont des trafiquants aguerris et sont devenus des piliers de la French Connection avec leur ami Bistoni. En 1956, ils partent s'installer à Cuba où ils prennent des parts dans plusieurs boîtes de nuit et touchent des commissions sur les machines à sous de la Havane. Les derniers contacts avec la mafia sicilo-américaine qu'ils leur manquaient sont pris sur place et permettent de grossir les filières déjà existantes ou d'en créer de nouvelles.

Néanmoins, en novembre 1956, Paul Mondoloni est arrêté et extradé vers la France, malgré toutes les précautions qu'il prenait pour ne pas être pris, notamment les réguliers changements d'identités. Il y est jugé en mai 1957 pour l'affaire de la Bégum et n'écope que de deux ans de prison, et ressort dès juillet 1957 pour ensuite s'installer au Mexique. Par la suite, il ne cesse de voyager pour organiser le trafic : en France, en Espagne, à Cuba, en Amérique du Sud... Il semble aussi qu'il ait mit sur pied une filière passant par l'Italie en association avec des parrains siciliens, bâtisée du nom de "Pizza-Connection".

Paul Mondoloni est ainsi devenu l'un des piliers de la French Connection, même si son ami Croce aura prit un poids plus important que lui. À la différence près que Mondoloni, lui, ne se fera jamais pincer pour la came, alors que Croce écopera de dix-huit ans de prison en 1973.

Le Voyageurs de Retour devient un "Parrain de l'Ombre"

À la fin des années 70, Paul Mondoloni rentre en France et s'installe à Marseille avec son épouse nicaraguayenne. Malgré son âge et les apparences données par son attitude et ses fréquents voyages de repos en Corse, il n'est pas un truand à la retraite. Son étonnant carnet d'adresses lui permet de tirer les ficelles de bien des filières. Il est un monteur d'affaires. Vêtu élégamment, d'une grande courtoisie et très discret, dans l'ombre il joue un rôle centrale dans le Milieu français, fréquentant les grands noms de la pègre. C'est un juge de paix respecté que l'on consulte régulièrement. Passionné par les casinos, il aurait des parts dans celui de Bandol et d'autres en Afrique, et aura essayé de s'accaparer le casino Rhul de Nice.

En 1982, on pense qu'il a envoyé en Floride l'un de ses "poulains", Gilbert "le Libanais" Hoareau, ancien lieutenant de Zampa, pour régler son compte à Edgard Zemmour. Ce dernier avait en effet eu le malheur d'assassiner Marcel Francisci, roi du jeu parisien et grand ami de Paul Mondoloni.

En 1983, Mondoloni aurait eu le génie de réunir plusieurs des grands noms ou futurs grands noms du Milieu français autour d'une seule et même affaire. Cette année-là, Jean-Claude Kella lui demande en effet de prendre les dispositions nécessaires pour fournir de façon conséquente un américain du nom de Maneri, lui-même en contact avec la famille mafieuse des Benevento, pour alimenter un laboratoire clandestin à Ph½nix, en Arizona. Pour se faire, Mondoloni fait d'abord appel à Grégoire Leccia et son fils Jean-Marc pour lui trouver des fournisseurs de morphine-base. Les Leccia ont le contact nécessaire en Turquie. Pour l?investissement, Mondoloni aurait réussit à réunir Gilbert Hoareau, Tany Zampa et son bras droit Jean Toci, Jacky le Mat, Francis le Belge, Pierre Lothoz dit le Nat, caïd du milieu lyonnais, et enfin le toulonnais Jean-Louis Fargette, chacun devant investir aux alentours d'un million de francs. Participe aussi à l'opération Michel Régnier, fils du pilier toulonnais Louis Régnier, chargé de transporter la marchandise.

Ainsi, fin 1983, Régnier fait passer 300 kilos de morphine-base, cachés sur un yatch, de Turquie à Marseille, puis de Marseille aux Antilles et enfin des Antilles en Floride, la drogue étant ensuite acheminée jusqu'à Ph½nix. Là, dans une villa des Benevento, deux chimiste français, François Scapula et Charles Altieri, transforment la morphine-base en 148 kilos d'héroïne vendus ensuite à New-York par l'intermédiaire des Benevento. L'opération rapporte 240 millions de francs, dont au moins la moitié est revenu aux truands français, dont 15 millions pour chaque chimiste, 20 millions pour Mondoloni, et un total de 40 millions pour les Régnier-Fargette-Lothoz.

En cette année 1984, Mondoloni a parrainé une autre grosse affaire, tournant cette fois-ci autour d'un marseillais d'origine arménienne, André Manoukian dit le "Panzone", en association avec des passeurs italiens et israéliens, montée sur les filières déjà existantes de la "Pizza-Connection".

Mais la "retraite" de ce père tranquille qu'est Mondoloni va prendre fin en 1985. Le 29 juillet de cette année-là, âgé de 69 ans, Paul Mondoloni se rend vers 18 heures à la brasserie "les Danaïdes", en haut de la Cannebière, où il a ses habitudes. Soudainement, plusieurs hommes planqués dans une voiture font feu sur lui et l'abattent sur place. Le garde du corps de "Monsieur Paul" aura à peine eu le temps de riposter, en vain. Les obsèques de Mondoloni, dans sa ville natale de Sartène, seront grandioses.

Qui donc a put avoir la folie de s'en prendre à ce juge de paix qui n'était en mauvais termes avec personne? Il semblerait qu'il s'agisse de Jean Toci qui, après la mort de Zampa et le démantèlement de son empire, pensait Mondoloni complice de la chute du clan Zampa et capable de retourner sa veste à tout moment contre lui. À la suite de ce coup de folie, Toci se cachera un moment pour éviter les balles.

Avant de mourir, Paul Mondoloni aura tout juste eu le temps de préparer le terrain pourJean-Jé Colonna, qui depuis règne en maître sur la Corse du Sud.

lunik-parrain
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# Posté le lundi 19 septembre 2005 14:13

Modifié le mercredi 21 septembre 2005 15:33

I FRATEDDI GRAZZIANI

I FRATEDDI GRAZZIANI
I FRATEDDI GRAZZIANI

Les Débuts

Originaires de Luciana, en Corse, les deux frères Grazziani (Jean et Philippe) sont arrivés tôt sur le continent. À Toulon, vers 1910, alors âgés d'une vingtaine d'années, ils se lancent dans le métier de souteneur. Reconnus par les anciens de la ville, ils se font respecter à coup de poings.

Ce qui va leur permettre de monter rapidement, c'est l'épuration policière de certains quartiers. En effet, en 1920-21, la police arrête un bon nombre des truands qui officient dans les quartiers malfamés. Par chance, les Grazziani ne sont pas inquiétés, et ont donc le champs libre. Plus personne n'est là pour réelement les gêner.

Ce qui va vraiment les propulser en haut et les différencier des anciens caïds de la ville, c'est qu'en 1928, ils soutiennent un candidat à la mairie toulonnaise et se forgent ainsi de solides amitiés parmis les politiques. Les Grazziani et leurs hommes déclenchent des bagarres pendant les réunions des autres candidats, forcent des électeurs à voter pour leur candidat, etc... Grâce à leurs liens avec la politique, ils ne seront jamais vraiment inquiété par la justice...À partir de là, ils deviennent les caïds de la ville.

Un trône convoité

Dès lors, Jean Grazziani ouvre deux maisons closes et dirige le syndicat des tenanciers de la ville tandis que son frère Philippe devient le patron du Montmartre, un prestigieux bordel. Ils sont appréciés par les toulonnais, truands ou non, pour leur générosité. Ils n'hésitent pas à distribuer vêtements et nourriture aux plus démunis. Dans leur village natale de Corse aussi ils sont fortement apprécié pour leur générosité et on admire leur réussite financière.

Mais cela n'empêche pas des personnes extérieures à la ville de lorgner sur le gâteau. En 1933, des marseillais viennent s'installer à Toulon et tente de manger le territoire des Grazziani. Les tentions sont fortes, et les Grazziani lancent un avertissement aux marseillais : le 6 mars 1933, Barthélémy Mignone se fait ouvrir le ventre par un coup de hache dans un café. Les marseillais plient, mais en apparence seulement. Ils décident de reprendre leur avancée en novembre 1933, et descendent François Magaja, un homme des Grazziani, le 26. Ceux-ci ripostent sans tarder, et deux jours plus tard ils font abattre simultanément deux marseillais, Alexandre Chiappe et Antoine Pagnanelli. Cette fois, les marseillais rentrent définitivement chez eux.

Règlements de compte à Toulon

Seulement un an plus tard, en août 1934, ce sont des souteneurs arabes qui s'en prennent aux Grazziani. Le 15 août, Abdel Guerrachi, le chef de la bande des arabes, met une raclée à une prostitué aux mains des Grazziani. Ceux-ci, alertés, arrivent en vitesse, et Abdel leur tire dessus dans sa fuite. Le soir même les Grazziani, accompagnés de cinq de leurs hommes, font une descente dans le quartier de leurs rivaux arabes. Ceux-ci, bien que n'étant que trois à être présents, ne prennent pas peur et les affronte. Abdel Guerrachi sera blessé, arrêté et condamné à un an. entre temps, un associers important des arabes, Louis Antonacci, est abattut à Brusc. En juillet, Guerrachi sort de prison. Il ne profitera pas longtemps de sa liberté, car assassiné le 17 août.
Les Grazziani sont arrêtés sur dénonciation d'un patron d'hôtel. Un bookmaker se présente et les innocente. L'hôtel du dénonciateur brûle et les Grazziani sortent après quelques mois de préventive.

Par la suite, les balles vont voler à Toulon : une dizaine de fusillades entre avril et décembre 1935, laissant à terre quatre hommes et faisant quatre blessés. Personne ne s'y retrouve vraiment, on ne sait pas trop qui tut qui ni pourquoi... La plupart du temps, il s'agit plutôt d'embrouilles personnelles. Les Grazziani, eux, on perdu quelques hommes mais continuent de résister aux affrontements.

Pourtant, le 24 septembre 1937, Philippe Grazziani est abattut par Ange Salicetti. Quelques temps auparavant, Philippe avait piquer la tapineuse d'Ange pour donner une leçon à ce jeune arrogant. Pour s'expliquer, les deux hommes se rencontrent dans un bar de Marseille. La discussion tourne court et Grazziani gifle Ange. Le lendemain, dans un bar, Ange Salicetti, accompagné de son neveux Quilici, abat Philippe Grazziani de plusieurs balles dans le corps.

Au procés de Salicetti et de son neveux, Jean Grazziani fait la grave erreur de se porter partie civile. On ne le reverra plus jamais.

lunik-parrain

# Posté le lundi 19 septembre 2005 14:11

Modifié le vendredi 30 septembre 2005 12:44