SNCM:Syndiqués du STC, et grêviste CGT font réculer Perben
Détournement d'un ferry, blocage du port de Marseille, violences à Bastia : le conflit sur la privatisation de la SNCM dégénère malgré le revirement du gouvernement.
a SNCM, ça rend dingue. Tout le monde. Journée de fous, hier : le STC (Syndicat des travailleurs corses) joue les pirates et détourne un cargo mixte, le port de Marseille est bloqué, et le gouvernement, qui accorde à 14 heures la privatisation totale à Butler, met plein gaz en arrière en fin de journée, annonçant qu'elle ne sera que partielle. Le dossier de la Société nationale Corse-Méditerranée fait marcher tout le monde sur la tête. Explications.
Mutinerie.
Alain Mosconi avait prévenu, lundi, qu'il ne «s'interdirait rien», il tient parole. Hier, vers midi, le leader du STC saisit, avec des marins amis, le Pascal Paoli sur le port de Marseille, pour le rapatrier vers la Corse. «Nous avons récupéré un outil de travail qui appartient à la Corse et nous le rendons à la Corse», indique-t-il par téléphone à l'AFP. Les officiers ont semble-t-il été contraints d'appareiller le navire où ne se trouve aucun passager. Au siège du STC, à Ajaccio, Jacky Rossi, secrétaire général, s'inquiète : «Nous voulons absolument éviter qu'il se passe des choses graves à bord. Il y a sur le Pascal Paoli des pères de famille qui n'ont agi que par exaspération.» Selon lui, «des hélicoptères tournent au-dessus du navire et ont fait des sommations». La préfecture maritime de Toulon confirme qu'elle «a mobilisé des moyens» et indiqué aux mutins qu'ils risquent vingt ans de réclusion criminelle pour détournement de navire. A 17 heures, Alain Mosconi, qui réfute tout détournement ou violences, explique à Radio Corse Frequenza Mora : «Nous sommes au large de Toulon. (...) Notre horaire d'arrivée [à Bastia] est prévu à 21 heures ou 22 heures, mais je ne sais absolument pas si on va y arriver.» En fait, à l'heure dite,
Jean-Christophe Angelini, numéro un du Parti de la Nation Corse, annonce que les mutins n'accosteront pas dans la soirée mais resteront au large du port. Il précise avoir eu d'eux un accord de principe.
Dans l'après-midi, la grève s'est étend ue : les agents du Port autonome de Marseille se sont joints à leurs collègues de la SNCM. Le port est entièrement bloqué, à Marseille comme à Fos. Ça n'empêche pas le gouvernement d'annoncer son choix : le fonds d'investissement Butler Capital Partner est désigné pour la privatisation à 100 %. Walter Butler investit 35 millions d'euros, l'Etat recapitalise à hauteur de 113 millions. Suppressions d'emplois prévues : 350 à 400. Point final ? Pas du tout.
Concessions. En fin de journée, sur France Info, le ministre des Transports se contredit. Dominique Perben souhaite désormais, en accord avec son collègue de l'Economie, Thierry Breton, que l'Etat reste «actionnaire minoritaire» et demande à Butler de «faire des propositions en ce sens». L'option avait pourtant été jusque-là totalement écartée. «Je fais une ouverture, je pense que Walter Butler doit nous faire une proposition», dit Dominique Perben. Pourquoi ce revirement, après 24 heures de durcissement ? Mystère.
Des grévistes du STC et de la CGT de la SNCM bloquaient hier soir à Bastia le chargement d'un ferry de la compagnie privée Corsica Ferries et d'un navire de la CMN (Compagnie méridionale de navigation). Ils avaient placé un camion en travers de la passerelle d'un Mega Express (navire rapide à grande capacité) de la Corsica Ferries, qui devait appareiller à 21 heures pour Toulon. Ils ont effectué la même opération pour le navire mixte (passagers et fret) Kalliste de la CMN, qui terminait son chargement.
Heurts. Des heurts violents ont commencé à opposer vers 21 heures gendarmes mobiles et sympathisants du Syndicat des travailleurs corses. Une cinquantaine de nationalistes se sont rués vers une vingtaine de gendarmes mobiles en tenue antiémeute qui barraient l'entrée du navire de Corsica Ferries. Les militants ont enfoncé le barrage formé par les gendarmes mobiles qui ont été très rapidement débordés. Certains d'entre eux ont été frappés à terre à coups de pied et de poing par des manifestants. Les gendarmes ont ensuite tiré des grenades lacrymogènes et se sont repliés près du Kalliste. La majorité des manifestants CGT est restée en retrait des incidents.
Liberation